La Magichienne (Chambre avec vulve – chapitre 4)

– « J’ai envie d’écrire : c’est vous, M… »

J’ai lu, et suis resté tout con, bandant comme un âne en plein milieu de la gare du Nord.

Nous étions en train de nous envoyer quelques SMS. Elle me demandait très sagement ses instructions pour mon retour cet après-midi, bonne élève qu’elle est, et moi je lui racontais des vannes, mais rien qui puisse me provoquer cette réaction.
Je lui annonçais que nous allions faire du machette-play, de l’opération à cul ouvert. Ou au contraire de la gifle mollassonne, je n’avais pas encore décidé, ou du coïtus-nullus, voire même interruptus vu qu’il y avait foot à 17h. Et qu’ainsi, elle aurait des tas et des tas de trucs à raconter à ses copines du Munch où elle devait se rendre ensuite ce soir. Bref, qu’il lui suffirait d’amener chez moi son petit corps mignon, je me chargeais du reste, concluant par :

– « C’est qui le meilleur Domino du monde, celui qui sait ce que tu aimes vraiment ? »

Et oui, j’ai des jours comme ça, je suis d’un humour imparable.

Mais voilà, ma trique, en plein milieu de la Gare du Nord, ça m’a rendu tout sérieux d’un coup. Par quel mystère cette salopiote, sa réponse avec son « M » et ses trois points de suspension, me filaient une gaule pareille ?

Ca faisait quoi ? Un mois depuis le dernier Munch et notre premier échange de regards. Il y avait eu le 153, son « Je suis là pour ton plaisir » , et c’est vrai que du plaisir, elle m’en avait donné. Mais comme d’autres femmes avant, que je n’ai désiré dominer que sur le ring.
Des cordes, mon gland de boxe, une bonne dose de testostérone, oui, ça c’était mon terrain de jeu, sans enjeu, bien délimité et sans risque. Pourquoi j’en voulais plus avec elle, si soudainement, si animalement ?

Je me posais mille questions. Qu’est-ce que je réponds, putain ? Je passe le pas, ou pas ? C’est à la soumise de choisir son Maître, non ? Non mais tu le vois, le Maîtrounet, à genoux devant sa future et officielle capote en viande, lui demander : est-ce que tu veux bien être ma soumise, Darling ?

Mon train allait partir, la couverture réseau de mon tel allait s’évanouir dans pas longtemps, au milieu des verts pâturages de l’Oise profonde. Fallait lui répondre, pas tergiverser pendant des heures. Tempête sous un crane, ouragan dans le mandrin ! J’avais envie de quoi avec cette gonzesse ? Vrai-ment. Il fallait réfléchir, et réfléchir vite.

Mais comment réfléchir le ventre grondant de désir ? Et puis comment oublier aussi mes histoires passées, plus ou moins toujours les mêmes, les eaux de boudins en série ? Les soumises, j’avais déjà donné, pas mal. Mais moi tout ce que je voulais aujourd’hui, c’est une amante cool, aimante et marrante. Les soumises c’est chiant à la longue, ça fait des manières, ça réclame ceci ou cela, c’est tout sauf autonome, affectivement. Enfin, je dis ça, c’est peut-être juste un lot sur lequel je suis mal tombé. Ou tout bonnement moi qui ne suis pas fait pour cela. J’ai même été amoureux de certaines de mes ex-punching-belles, mais quand ça a capoté, n’était-ce pas mes neurones qui n’étaient pas d’équerre ?

– « Alors écris-le. »
Voilà, j’ai répondu, c’est dit, c’est dit.

Et elle, 3 secondes plus tard :
– « C’est Vous, Maître. »

A croire qu’elle avait déjà pré-tapé sa réponse, en attendant mon ordre, le doigt sur la touche « envoi ».

Je suis rentré dans mon train, qui est parti aussitôt. J’ai sorti ma tablette, il fallait que j’écrive, et j’écris en ce moment. J’écris et je crie tellement j’ai envie d’elle, mais je crie en silence. Je crie avec mes doigts qui éjaculent sur les touches.

********************
« J’ai envie de toi, bordel, petite magichienne. J’ai envie de te prendre cet après-midi dès le pas de la porte, d’avoir quatre mains, une pour te tenir les cheveux, une pour t’arracher ses fringues, la troisième sur ta gorge et la dernière pour guider ma queue !!!!!

Tant pis, c’est dit, c’est dit.

Je ne sais pas ce que tu m’as fait, d’où tu sors, petite fée sans clochette. De cette histoire, je n’attendais rien et j’ai pourtant envie de te traiter comme une moins que rien, comme jamais. Tu te rends compte de ce que tu m’as fait ? De ce que tu m’as écrit ? Juste six petites lettres, un jeu de rôle pour ado, « Maître », et ça me déglingue le ciboulot.

Avant hier, il y eut les prémices. La sortie théâtre, mode « potes ». Le retour chez moi, mode « love ». Je t’ai encordé le corps, attachée aux suspensions, placé un bambou à tes chevilles pour les écarter large, ai soulevé le tout, et là, alors que tu te balançais dans les airs, je t’ai niquée, mode « cosaque ». Je t’ai même, avant, bâillonnée la bouche, mis le bandeau sur les yeux et un casque sur les oreilles avec Prodigy à fond, mode « bon voyage ». Tu n’étais plus là, en vol, ma queue dans ta chatte et j’ai adoré t’observer en te limant, voir ta tête ballotter de droite et de gauche, voir tes mains se rattraper comme elles pouvaient aux cordes qui te suspendaient, et sentir ton corps se cambrer, s’échapper, revenir, et redemander de ma queue, encore, encore, et encore. J’ai jubilé d’entendre tes cris, que tu n’entendais même pas d’ailleurs. Des cris violents et des halètements, rien qu’à moi … et à mes voisins, les pauvres, jusqu’à deux heures du mat’.

Mais tout ça, ce n’est rien comparé à ce que ces six lettres , ce mot « Maître », remuent en moi.

Je ne sais pas où l’on va tous les deux, ma petite magichienne, mais ce soir, lorsque tu rentreras de ton Munch pour dormir près de moi, je te passerai le collier et la laisse …

… que j’accrocherai à un clou, au-dessus de ta nouvelle niche : mon lit.

Voilà, c’est dit, c’est dit.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *