La blonde, la brune et le truand (Chambre avec vulve – chapitre 14)

samedi 28 octobre

9h30′ : Treize m’envoie un message, elle est déjà dans le train et arrive bientôt Gare de l’Est.
Clochette est un peu agacée, elle pensait avoir jusque 11 heures et doit se dépêcher, s’habiller et filer au salon de coiffure pour refaire sa couleur plus tôt qu’elle n’avait prévu. Je l’embrasse sur le pas de la porte, m’excuse de ne pas avoir été plus clair sur les horaires, et elle part avec le sourire, finalement.

C’est le grand jour pour moi. Clochette et Treize avec moi pour tout un weekend, comment vais-je gérer ? Ce n’est pas le sexe qui m’inquiète. De ce coté là et depuis mon divorce, je suis en forme olympique. Je ne sais pas d’où ça me vient, je vais sûrement payer l’addition une de ces nuits – j’ai le péché judéocrétin tenace. Non, Clochette et Treize devraient à priori bien s’entendre, de ce que je sais d’elles. Et le sexe au lit entre elles, ce sera si le désir leur en vient. On en a longuement discuté et nous sommes tous les trois d’accord avec ça.

Mais bon, la pression est quand même là, et moi, comme un con, je m’en suis rajouté une couche en ne préparant rien question logistique. Oui, je sais, j’ai travaillé comme un âne toute la semaine, mais quand même.

Je m’active : vaisselle, rangement, c’est Beyrouth chez moi. Je me suis levé trop tard. Je n’aurai le temps ni de me doucher, ni de passer l’aspirateur. Je n’aime pas ça, ce n’est pas vraiment raccord avec mon image de mec qui gère, cool. « Ne jamais se placer dans une situation inconfortable » , c’est pourtant le B.A.BA de la domination, bordel !

Mais heureusement, Treize m’envoie un message énigmatique : elle sera en retard et prend un taxi. Elle m’expliquera.

(Finalement, ayant oublié ses tickets de métro dans sa province, elle a pris un taxi sans avoir assez d’espèces, taxi qui l’a finalement larguée avec sa valise haute comme elle à l’autre bout de ma rue, tout en bas des escaliers aux deux cent cinquante millions de marche. La pôvre !)

Cela fait plusieurs semaines que je rassure Treize. Tout va bien se passer, ce n’est qu’un weekend à trois avec Clochette – sur laquelle elle fantasme grave cela dit en passant – avec au milieu l’insignifiante Nuit Dèmonia, elle même après le minuscule restau à une vingtaine de coquines et de gredins qu’elle ne connait pas et qui auront cependant autre chose à faire que de passer leur temps à la jauger et juger. Mais je la connais ma Treize, elle n’a pas du dormir de la semaine, émotive comme elle est.

Ma Clochette, quant à elle et malgré son polyamour affiché et revendiqué, m’apprendra par la suite qu’elle aussi se posait bien des questions.

Bref, j’ai un peu de temps devant moi et, la pression redescendant, laisse mon esprit vagabonder : que vais-je faire pour commencer ?

J’avais pour idée de ne pas jouer avant la Nuit Dèmonia. Juste de déjeuner puis d’aller chez Métamorphose avant de revenir se préparer pour la soirée. Mais il me vient soudain une idée : non, commençons tout de suite.

Un poète a dit – je ne sais plus qui – « Le premier vers fait le poème ».
Mais oui, c’est évident : notre relation à trois – Un Maître, deux soumises – s’établira en bonne partie sur ces premiers instants. Et puis elles sont fines, mes bestioles, elles comprendront que ce sera pour me rassurer, grand couillon que je suis. Où ai-je foutu ma cape et mon attirail de grand Maître de l’Univers et des environs ?

Je sors les gamelles, l’os, le jouet pour chien ainsi qu’une petite couverture. Treize se veut et s’autoproclame ma chienne à longueur de SMS, soit ! Par terre et près du radiateur, ce sera sa place lorsque je déjeunerai avec Clochette. Elle sera notre toutoute.

Aussi, lorsque Treize arrive, je la déshabille sans vraiment lui parler et la fais se placer sur la couverture, yeux bandés, mains menottées dans le dos et laisse nouée à la tuyauterie – « Assise, sage ». Puis je sors sans un mot. (Accessoirement, j’avais préparé une tarte au thon et il me manquait du fromage râpé pour la touche finale).

Je fais ma course puis rejoins Clochette au salon de coiffure, tout content de moi. C’est, me semble-t-il, tout à fait le genre d’attente qui ferait mouiller Treize et la mettrait dans le ton. Et puis, j’imagine déjà la tête de Clochette à mon arrivée.

Surprise et contente, comme je l’espérais, elle m’interroge des yeux. Je lui raconte en quelques mots codés et imperméables à la coiffeuse : « Notre petite chienne va bien, elle nous attend sagement dans son panier ». Clochette sourit, je lui souris : malice aux pays des merveilles …

Les racines de Clochette étaient faites, pas les mèches. Tant pis pour les mèches, ce serait trop long sinon. Nous remontons chez moi après le brushing. En entrant, je prends quelques photos de Treize. Elle s’était presque endormi, bien que sa position soit inconfortable. Je lui enlève le bandeau, la caresse et lui parle comme à une bonne petite chienne, elle reste muette. Joueur, j’aime être sur le fil, pousser l’humiliation d’une femme jusqu’à ses limites. Et même si parfois je me plante en allant trop loin, l’eau tiède ce n’est définitivement pas mon truc. Que pouvait bien ressentir ma Treize à être rabaissée dès le début devant cette autre femme, inconnue, magnifique et debout devant elle, alors qu’elle-même était nue, en laisse et, en quelque sorte, dans un panier à chien ?
– « Pourquoi ne parles-tu pas ? »

– « Je n’ose pas, les chats n’aiment pas les chiens » me répond-elle en regardant Clochette.

Clochette s’approche alors à quatre pattes et vient se frotter contre Treize en miaulant. Celle-ci, visiblement émue, se met à caresser en retour les cheveux de ma petite chatte.

J’adore mes deux amoureuses pour cela, elles me correspondent tellement. Car pour moi, il n’y a pas trente six mille solutions pour être heureux en amour : être attentif à l’autre. Nous étions trois, en découverte d’une nouvelle histoire, et chacun et chacune se souciait des deux autres. Aurions-nous pu mieux commencer ? Clochette et Treize, pour me faire plaisir et se dire bonjour, se caressaient et reniflaient l’une l’autre. C’est quand même plus excitant que de se faire la bise, non ? Il n’y a pas d’amour sans jeu, sans surprise, sans terres conquises.

Après quelques instants de frottage de truffes, je libère Treize, elle reprendra son rôle de chienne plus tard. Mais surtout, après ce délicieux moment, je ne me sens plus de la faire manger dans sa gamelle. Je décrète « l’Animalus Interruptus ». Il faut savoir quand s’arrêter.

Je file sous la douche, mes deux amantes ayant pour tâche de terminer de préparer le déjeuner. Mais avant, pour ne pas dépareiller le tableau, je fais mettre Clochette dans la même tenue que Treize : nue, avec juste ses bas. Il y a des images qui marque. À poil et ma serviette sur l’épaule en sortant de la douche, j’en ai fait une photo : Clochette et Treize hanche contre hanche dans la cuisine et de dos, chacune une main sur la fesse de l’autre. Oui, vraiment, je peux mourir.

Bon, je sais, je truande un peu : la main sur la fesse de l’autre, c’est moi qui leur ai demandé de la poser.

**********

La sieste me posait problème. Je le connais mon Marco, mon sexe. Si je m’allongeais avec mes deux belles après le repas pour nous reposer, il n’en ferait qu’à sa tête et nous y passerions l’après-midi au lieu d’aller faire du shopping comme il était prévu.

Aussi, j’ai pris les devant : « Allez les filles, on mange le dessert au lit, on se fait deux-trois bisous et puis c’est tout. On reste sage. »

Tu parles, Charles !

Obéissante, Treize s’est allongée sur le dos. Clochette s’est placée à genoux d’un coté avec une petite cuillère, et moi de l’autre avec le bol de crème+fromageblanc+framboisessurgelées+sucre.

Une cuillère pour maman, une cuillère pour papa … Clochette et moi en prenions alternativement chacun une avant de la reverser d’un long baiser dans la bouche de l’autre. Les lèvres se mordaient, les langues se titillaient. Que voyait Treize ? Le plus possible, j’espère.

Puis nous avons commencé à verser par petite touche le reste de la crème sur le corps de Treize, avant de la lécher aussitôt. Combien de fois ai-je fait ce jeu avec mes amantes ? Si ce n’est pas mille, c’est jamais. Et pourtant, c’était magique. Comme en dehors de moi, je nous voyais, Clochette et moi, grignoter de partout Treize, sensuellement, inexorablement. C’était à celui ou celle qui allait la faire jouir de léchouilles, sans toucher son sexe cependant. Treize se tordait, ou s’accrochait goulument à mes lèvres lorsque je lui apportais une framboise à elle aussi. Ô combien j’ai résisté pour ne pas lui mettre mon sexe, mon doigt, ou n’importe quoi d’autre de vicieux dans la bouche. Combien j’ai résisté pour ne pas repartir sur mes jeux malicieux.

Je me connais, la force et la sueur ne sont jamais loin lorsque je perds prise par trop de désir. Et pourtant, même complètement à bout, je le jure : pas une seule tape, pas une seule morsure ou griffure. Clochette et Treize m’ont ré-appris la langueur ce samedi, elles qui pourtant aiment tant, je crois, lorsque je les malmène.

L’une allongée, l’autre et moi la boulottant, je n’osais y croire, cela commençait trop bien, mais cela a continué ainsi tout le weekend.

Mes deux joueuses, mes deux amoureuses, combien de fois vous l’ai-je dit durant ces deux jours, et même quatre jours plus tard alors que j’écris ce texte : je me sens comme un gamin avec vous deux. Et puis, je pourrais décrire par le menu les positions, les perversions, tout ce que nous avons fait à trois ce weekend, il m’est difficile de trouver les mots. Cela n’a rien à voir avec le sexe, rien à voir avec l’une me branlant en riant devant la bouche de l’autre, rien à voir avec la main de l’une fistant l’autre et réciproquement, rien à voir avec l’une, gentille toutoute autorisée à monter sur le lit, me regardant enfin et en gros plan pénétrer dans le minou de l’autre … jusqu’à jouir en se branlant de cette vision, cela n’a rien à voir avec nos exhibitions provocatrices de la Nuit Démonia.

Non, tout cela est rien comparé à ces instants de tendresse ou de chahutage dans les cafés, rien comparé au cinéma à trois d’un dimanche après-midi, rien comparé au retour au milieu de la nuit blottis l’un contre l’autre à l’arrière du taxi, à cette aventure si singulière et excitante qui commence pour nous, faite d’attentions, de câlins et de repos bien mérités, enlacés et en vrac au fond du lit.

Mais il me faut maintenant terminer de raconter le dessert de ce premier midi ensemble.

J’ai placé Clochette au dessus de Treize, suis passé derrière elle et l’ai pénétrée d’un coup. Je n’en pouvais plus, il me fallait au moins ça, juste un petit coup, pour la route.

Treize, dessous, et lorsqu’elle n’était pas occupée avec la bouche de Clochette, me lançait des regards brillants, si brillants. Elle se soulevait, essayait de voir par dessus le dos de Clochette. Pour voir quoi ? Elle me l’avait dit, la petite voyeuse, mais elle attendrait pour nous mater en train de baiser, Clochette et moi.

Mais comment ne pas déglinguer une femme que l’on jette aux quatre coins du lit d’habitude ? Comment prendre Clochette tout en me penchant et embrassant Treize à pleine bouche par dessus l’épaule de la première, et tout cela en douceur ? Comment ne pas craquer, estomaqué, en voyant Treize passer à l’acte avec son fantasme et oser de sa propre initiative caresser Clochette par en-dessous en même temps ? Oui, comment se retenir, encore et encore, et se tenir à ce que j’avais dit : « juste deux-trois bisous et puis c’est tout. »

Je ne sais pas comment j’ai fait, et cela ne fut pas très long de toute façon, juste cinq heures … non, je plaisante, bien sûr. Dix minutes ? un quart d’heure ? Et je suis sorti du lit ; le shopping nous attendait. Je les ai regardées, l’une au-dessus de l’autre, et elles me regardaient elles aussi. Je n’ai rien dit, qu’aurais-je pu dire ? Je transpirais de sperme par tous les pores de ma peau. Le message était clair : mes belles, attendez que ce soit le bon moment …

Je suis retourné dans le salon pour débarrasser la table et reprendre mes esprits. Ma queue était à l’équerre mais cela allait lui passer. J’entendais des petites bises venant de la chambre. J’ai souri, elles reprenaient leurs esprits elles aussi et se faisaient des papouilles.

La table propre, je suis retourné dans la chambre, et là, stupeur : les papouilles les avaient visiblement re-chauffées l’une et l’autre. Je suis sorti aussitôt pour ne pas les déranger. Clochette me racontera plus tard toutes les turpitudes de leur partie de frotte-minous. Je suis resté longtemps assis sur le canapé, à me laisser bercer par les chuchotements et les cris de ma blonde et de ma brune.

Ah, les truandes !