La ligne de partage des Ô : Interview de Paddy Saint Drall – un Maître qui maîtrise … sa sujette

A écouter et transcrire aujourd’hui l’enregistrement de cette interview qui eut lieu cet été sur la place du Palais des Papes à Avignon, je repense aux personnes autour de nous ce jour-là, assises aux tables voisines en terrasse de ce café-brasserie bondé de monde.

Il n’est pas possible qu’elles ne nous aient pas entendu, qu’elles n’aient pas entendu au moins des bribes de ce que PsD m’a confié, et des réflexions et questions que cela m’a inspiré.

Il n’est pas possible qu’elles ne nous aient pas entendu, qu’elles n’aient pas entendu au moins des bribes de ce que PsD m’a confié, et des réflexions et questions que cela m’a inspiré.

Alors je dédie cette antre-vue aux inconnu(e)s de ce jour-là, assurément abominé(e)s et / ou fasciné(e)s par les échanges avec queues et têtes de deux hommes devisant de soumises comme d’autres parlent de jardinage ou de sac-à-mains.

(faut dire que je ne jardine pas, et que je ne vois pas PsD avec un sac-à-main ; non, non, vraiment pas)

Mais que voulez-vous ? Quand deux hommes parlent d’un sujet qui leur tient à cul ….

«  » » Record : 1,2,3,4,5 … test – c’est parti! «  » » » ….

********************

D’Ange (parlant en mode « voix off » à son enregistreur) :

«  » » » Devant moi aujourd’hui, de l’autre coté des mauresques : Paddy Saint Drall ; Maître, écrivain, photographe passionné, la quarantaine bronzée ; relax et souriant … J’ai lu son livre et ai souhaité l’interviewer, non pas pour en parler ( Le Grain De Sade ne fait pas de promo ) mais plutôt pour découvrir l’homme derrière le Maître et l’écrivain. » » »

((((( Le livre de PsD relate sa vie avec sa quatrième soumise : N°4 ))))

Première question : T’a-t-on déjà attaché à une croix ?

PsD : Non, non (rires), je n’aime pas ça.

D’Ange : Ah ? Mais comment tu peux savoir que tu n’aimes pas ça si tu n’as pas essayé ?

PsD : je le sais et je n’ai pas envie d’essayer … Enfin, si … (il se reprend) Finalement, si, il y en a une qui a voulu m’attacher une fois, alors j’ai dit  » oui » , pour lui faire plaisir.

D’Ange : Et ?

PsD : Et rien. Je l’ai regardée faire, jouer un peu … puis elle m’a détaché.

D’Ange : OK, elle t’a attachée, mais je vois à ton sourire d’aujourd’hui que c’était parce que tu le voulais bien, non ? … C’est toi qui décidait du jeu en fait.

PsD : Voilà !

D’Ange : Tu es resté dans la maîtrise des choses, c’était toi qui décidais … Mais tu ne lâches jamais prise ? Ça ne te tente pas ?

PsD : Non.

D’Ange : Bon, au moins c’est clair, là.

Alors à ton avis pourquoi les soumises ont elles envie de se laisser aller à ce que quelqu’un décide pour elle ? soit sur une séance, soit sur une vie.

PsD : Moi, ce que j’ai connu de mes expériences, c’est que ce sont en général des personnes qui ont, à un moment donné ou à un autre, perdu, je pense, un lien fort avec quelqu’un qui avait de l’autorité dans leur famille – en général un père – et qui recherche …

D’Ange : … consciemment ou pas …

PsD : voilà … qui recherche ce coté de vie où tu te laisses aller, où tu laisses quelqu’un décider pour toi. Ça peut être ça, comme pas ça, mais pour N°4 ça c’est passé comme ça. Elle avait un père qui était vachement autoritaire … et ensuite elle s’est mariée avec un gars qui était un pur … « mou du genou », on va dire ; et elle s’emmerdait royalement avec ce gars là.

D’Ange : Vous viviez ensemble ?

PsD : Oui

D’Ange : BDSM tous les jours ?

PsD : Non

D’Ange : Ah, tu me rassures. Parce que pour en revenir à la « Maîtrise » des choses, c’est fatiguant, de décider de tout et pour tout. Il y a des moments où on se dit « pfff, j’ai envie de vacances … » ; non ?

PsD : Oui, et c’est justement pourquoi il faut arriver à scinder la vie en deux … la vie privée et la vie BDSM. Si jamais je me déplace en ville, par exemple, et que j’ai envie de jouer, je mets le collier dans ma poche sans rien dire. Et à un moment je le sors et je dirai à ma soumise de le mettre. Ou bien je ne l’appelle plus par son vrai prénom ; mais Ella ou N°4.

D’Ange : Ella, c’est ta soumise d’aujourd’hui ?

PsD : Oui, ma femme, puisqu’on va se marier en septembre.

D’Ange : Félicitations !

PsD : Merci.

D’Ange : Tiens juste pour savoir, Monsieur le Maître : c’est toi qui descends les poubelles ?

PsD : Oui ; je fais la vaisselle aussi (rires)

D’Ange : Ah ? pas mal … oui !

Et sinon, raconte … tu repasses tes chemises ?

PsD : Si je veux, je peux faire le repassage.

D’Ange : Ah mais non, je ne te demande pas si tu PEUX ; je te demande si tu le fais.

PsD : (se défendant, amusé) Je le fais, ça m’arrive. Quand Ella est au lit, que je n’ai pas le choix, je le fais. A l’origine elle fait quand même le repassage, moi j’aime pas ça.

Mais oui : j’étends le linge, je balaye la cour, je fais la vaisselle, je fais même à manger, voilà. Ma mère m’a bien appris à vivre

(rires)

Et si je sais qu’on va rentrer tard un jour, que Ella est fatiguée : je prends le relai, et c’est normal. Je ne suis pas un macho de base.

D’Ange : Bon, abordons le livre maintenant. Sans rien révéler, on peut quand même dire que tu racontes tes différentes soirées et sorties BDSM avec N°4 … mais ce qui m’intéresse, c’est de connaître « l’avant », le chapitre 0. Pour résumer : comment devient-on une soumise de le trempe de N°4 ?

La rencontre ? les premières semaines ? les premières fois … je t’écoute.

PsD : Et bien, comme je le dis au début du livre, j’ai fait un gros carton en voiture, j’ai fait du coma … et le lendemain quand je me suis réveillé je me suis dit « : Pourquoi moi ? Pourquoi je suis là et pas … » et du coup, comme j’étais avec une personne avec qui je vivais du SM depuis deux ans, mais qu’on ne s’entendait pas … que sa façon de vivre ne me plaisait pas …

D’Ange : Mais vous ne viviez pas ensemble ?

PsD : On vivait ensemble, aussi.

Mais du coup quand j’ai eu mon accident j’ai dit :  » Bon, c’est bon, j’arrête les conneries, je vais m’assagir, je vais devenir un père modèle … » .

Mais ça m’a repris … j’avais connu N°4 avant mon accident …

D’Ange : et ?

PsD : Enfin, la future N°4, puisqu’elle n’était pas encore ma soumise. Mais elle avait commencé à m’allumer, en gros, deux-trois mois avant mon accident. Du coup, à l’hôpital, ça s’est passé un peu par hasard mais le fait qu’elle soit là le jour de mon accident, ça a un peu augmenté les choses, et je lui ai dit : « laisse-moi le temps de virer l’autre et j’arrive ». J’ai viré l’autre. Elle de son coté, ça lui a pris deux-trois mois parce qu’elle était mariée, et après on s’est mis ensemble.

D’Ange : Était-il déjà question de BDSM ? parce que entre « allumer un homme » comme tu dis, et devenir sa soumise …

PsD : Disons, qu’un jour, comme c’était une amie de ma soumise de l’époque et qu’elle venait souvent à la maison, j’ai laissé exprès traîner sur le PC une photo d’une nana avec une tenue en latex, mauve, et dès qu’elle est arrivée j’ai fait « oh, excuse moi ! »

D’Ange : Oh, la la laaaa ; le maliiiiinnnn ! (rires)

Donc elle l’a vue …

PsD : … et elle m’a dit : « C’est quoi ? » , elle a joué le jeu … On a rit, mais c’est là qu’on a commencer à parler BDSM, et elle m’a dit : « Depuis que je suis petite j’aimerais rentrer dans une soumission pour savoir ce que c’est … appartenir à quelqu’un …  » etc

D’Ange : Et elle ? enfin sans raconter le début du livre … mais elle avait déjà des piercings aux seins … Elle ne débutait pas dans le BDSM, non ?

PsD : En fait, son mari était un soumis , mais quasiment vanille. Son fantasme c’était qu’un jour sa femme la domine. Manque de bol, sa femme n’était pas du tout dominatrice, mais soumise. Donc ils étaient équipés comme les rayons de Dèmonia, mais ils ne jouaient presque pas.

Quand elle m’a raconté ça, je lui ai dit « Mon BDSM, c’est vraiment autre chose … Si tu veux vraiment que je m’occupe de toi, va te faire piercer les seins et puis reviens »

D’Ange : Ah, carrément !

PsD : Et deux jours après elle venue ; elle a levé son T-shirt et elle avait les deux anneaux.

Alors je me suis dit : « Voilà, maintenant, je ne peux plus me dégonfler ». Alors on a discuté plus sérieusement.

D’Ange : Woaw … lancer un défi comme ça à une femme … Est-ce que tu pensais qu’elle allait le faire ?

PsD : Quelque part, oui.

Oui parce que sinon, elle ne m’aurait jamais posé des questions sur la photo du PC. Après, qu’elle le fasse de suite, non. Mais si elle ne l’avait pas fait je lui aurais posé six fois la question plus tard : « Alors, tu l’as fait ? Alors, tu l’as fait ? … « 

D’Ange : Ah, d’accord ! C’était quand même dans le plan de la relancer.

PsD : Oui, forcément.

C’était elle que je voulais ; ça faisait deux ans que je la bavais …

D’Ange : Ah, mais tu ne l’avais pas dit ça avant, ni même dans le livre !

Tu disais qu’elle te faisait les yeux doux depuis deux mois mais, en fait, ça faisait deux ans que …

PsD : Ça faisait deux ans que je la connaissais, en tant qu’amie, mais pas plus. Pour moi elle était intouchable, parce qu’elle avait un mari, trois mioches. Elle avait l’air heureuse. Alors le coup du PC, c’était pour savoir …

D’Ange : Et la première fois où tu as posé la main sur elle de façon « BDSM », si je puis dire, ça c’est passé le jour même ?

PsD : Non, quinze jours plus tard. Je l’ai appelée au téléphone pour qu’elle passe me voir « Alors, on en est où ? on fait comment ? » mais elle hésitait encore : son mari, ses enfants ..

D’Ange : Attends, elle hésitait ? mais il y avait eu les piercings, non ?

PsD : Mais son mari voulait ça aussi. Alors dans le pire des cas elle pouvait dire qu’elle l’avait fait pour lui.

D’Ange : Et donc ?

PsD : Elle m’a dit : « il faut que j’aille chercher mes enfants » puis elle est partie.

D’Ange : 🙁

PsD : J’ai attendu deux minutes derrière la porte, et là, elle a sonné. J’ai ouvert, et elle s’est jetée sur moi.

De là, je l’ai attrapée par le bas des cheveux, dans la nuque, l’ai mise à quatre pattes, j’ai relevé la jupe et je l’ai prise comme ça, dans le couloir.

Et j’ai vu que plus je la bousculais, plus elle aimait ça

D’Ange : Une certaine animalité …

PsD : Oui, même si ça a été rapide – on n’avait pas trop le temps – et du coup elle est partie avec des idées … explosée …

D’Ange : Ce qui lui avait plu, c’était alors d’être prise comme un « chienne ».

Justement, je voulais parler du mot « chienne » que beaucoup utilisent dans le BDSM.

Etre une « chienne » pour une femme, ça veut dire quoi pour toi ? N°4, quand elle était à quatre pattes, est-ce que tu la considérais comme une chienne ?

PsD : Ah, oui, c’était beau de la voir, comme ça.

D : Est-ce qu’elle se considérait comme une chienne ?

PsD : Ah oui, tout à fait. Et à la fin de mon bouquin elle est arrivée à être une vraie chienne.

D : Mais ça veut dire quoi pour toi, être une chienne ?

PsD : Pour moi, c’est une nana qui s’accepte comme elle est et qui sait ce qu’elle est.

Le chien c’est le meilleur ami de l’homme ; « salope » c’est plus vulgaire , « chienne » c’est une reconnaissance.

D’Ange : Qui dit « chienne » (pour ceux et celles qui aiment) qui dit « soumise », dit collier. Ça s’est passé comment ?

PsD : Le collier c’est la deuxième fois. Ah l’époque je ne travaillais pas. Elle est passée à la maison pendant que j’étais seul. Je l’ai mise à genoux devant moi dans la chambre, je lui avais acheté un collier et lui ai passé autour du cou. Je lui a demandé « Est-ce que ça te va, est-ce que ça te plait ? » parce que – l’idée d’avoir un collier – elle aurait pu se sentir oppressée.

Elle m’a répondu « Oh, non, non, au contraire ; c’est ce que je veux ! »

D’Ange : Alors là, vous avez commencé dans la D/s … mais le SM ?

Le SM c’est la notion de douleur, de franchissement … Le SM, c’est venu de suite ?

PsD : Non ça, ça vient après. D’abord je prends le mental, après je fais le reste. Donc d’abord j’installe la relation D/s, qu’elle sache à qui elle appartient.

D’Ange : Et pour N°4, ça a pris combien de temps ?

PsD : Oh, je ne sais plus, ça a duré 5 ans notre histoire. En gros, on va dire une année de D/s. Ensuite deux années de SM pur, et après je voyais qu’elle était intéressée par autre chose de plus sexuel … par l’esclavage sexuel. Ce n’était plus du SM, mais c’était sous contrainte BDSM ; c’est à dire que je claque des doigts, on s’en va.

Ce n’était pas du libertinage dans un club … par exemple : je me suis pointé avec elle et 10 pompiers en face de nous, il faut être le Maître, et de la soumise, et de la situation.

D’Ange : Mais comment tu t’organises pour que ça ne parte pas en vrille ? Parce que là, dans l’exemple que tu donnes, tu peux tomber sur un mec ingérable.

PsD : Ça peut toujours arriver. Mais en fait je pars d’une personne que je connais – le chef des pompiers dans l’exemple que je donne – et je le nomme responsable de choisir ceux qui seront là, et ceux qui reviendront, ou pas, la prochaine fois. Donc de proche en proche, ça ce sait que quand j’organise quelque chose il faut bien se tenir.

Je fonctionne ainsi en réseau, et depuis le temps que je suis dans ce milieu, je connais les personnes qu’il faut, ou alors je sais chercher où il faut chercher. Je peux mettre un an pour organiser le truc, comme une semaine. Mais s’il faut que j’attende un an, c’est un an !

Je peux avoir cinq personnes qui me proposent, je vais chercher la cinquième si c’est la plus fiable. Il faut savoir ce qu’on fait.

Pour les aiguilles, même chose. Moi j’ai horreur des aiguilles, alors quand il l’a fallut l’organiser car je ne voulais pas le faire moi, je connaissais la bonne personne pour ces séances là, et tout s’est bien passé.

D’Ange : Mais pourquoi voulais-tu faire les 10 pompiers, ou les aiguilles ? C’est elle qui voulait, ou toi ?

PsD : Et bien au départ je lui ai fait remplir une liste de pratiques, de ce qu’elle avait envie …

D’Ange : … où chaque pratique est notée de 1 à 5 suivant son envie plus ou moins grande, classique !

PsD : Oui, mais aussi de là où elle estimait être dans sa progression, de 1 à 5 aussi.

D’Ange : C’est à dire ?

PsD : La première liste, ça a été avant même qu’on commence, pour savoir ; et après on la refaisait régulièrement

D’Ange : Ah, vous l’avez refaite ? Pourquoi ?

PsD : En fait, à chaque fois, il y en a deux exemplaires identiques, un pour moi, et un pour elle. Sauf que moi après je mets des couleurs. Je me mets mes codes à moi dessus qui correspondent à ce qui est passé, ou pas passé … ça me permet de travailler sur ce qui va arriver derrière.

Par contre elle, quand elle reprend la sienne elle ne sait pas ce qui est bon ou pas bon, ce qu’elle a réussi ou pas par rapport à la mienne. Mais ça lui sert à cocher sur sa nouvelle liste et dire « tiens, ça j’ai essayé, ça ne me plait plus »

D’Ange : Elle avait mis « peut-être » et maintenant elle met « je ne veux plus » ; ou « peut-être » et maintenant « j’en veux encore plus » ?

PsD : Voilà. Ensuite je prends sa nouvelle liste et elle mon ancienne pour voir son évolution. Elle voit qu’elle a changé car il y a des trucs qu’elle ne voulait pas tellement faire et qu’elle fait maintenant … et moi je sais alors où l’aiguiller déjà pour celle d’après.

D’Ange : Et toi, ton but, c’est qu’elle arrive à 5 partout ?

PsD : Non, moi mon truc c’est qu’elle s’éclate.

D’Ange : Ah bon ? S’il y a un truc qu’elle veut pas, tu forces pas …

PsD : Mais non, faut pas forcer, ça sert à rien de forcer. Avec le temps, en y revenant plus tard ça fonctionne en général.

D’Ange : Mais il y a certains Maîtres qui sont dans : « Tu n’es pas une bonne soumise parce que … tu n’as pas fait ci … tu n’as pas fait ça » ….. tu sais : la culpabilisation !

PsD : Non ! Ça se dit Maître, mais c’est un gros con !

D’Ange : Je le mettrai autrement dans l’interview …

PsD : Tu peux le mettre comme je viens de le dire … tu peux même signer pour moi, c’et pas grave

(rires)

***************

Sur ces bonnes paroles, l’interview se termine.

Des regards étranges, curieux et troublés nous entourent … les voisins et voisines du café ont visiblement écouté aux portes.

Et ils rentrent chez eux maintenant, le regard enrêver par cette bonne parole de Maître Saint Drall :

«  » » » Non, moi mon truc, c’est qu’elle s’éclate » » » ….

Pas faux !

D’Ange

(((Interview réalisée en juillet 2012, et parue dans Le Grain De Sade n°1, automne 2012)))

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